Lettre du prisonnier politique Nasser Zefzafi à Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme

M. Nabil Benabdallah croit-il réellement que ses excuses suffisent à laver son parti politique de ce qu’il a commis à notre encontre ?

Sait-il que la position adoptée par son parti a constitué un véritable feu vert pour légitimer notre arrestation, les actes de torture que nous avons subis sous toutes leurs formes, ainsi que le prononcé de lourdes condamnations que nous considérons comme injustes et discriminatoires ?

Par quelle logique pense-t-il que ces excuses, que je considère comme suspectes, pourraient ramener Imad Attabi, Abdelhafid Haddad ou encore mon père, qui est décédé avec une profonde amertume au fond de la gorge ? Pourraient-elles rendre à leurs familles tous ceux que la prison a éloignés des leurs ? Pourraient-elles nous restituer notre jeunesse perdue derrière les barreaux ? Pourraient-elles apaiser le feu qui consume encore le cœur des victimes, directement ou indirectement touchées par cette décision irréfléchie qui a visé le Rif et ses habitants ?

J’aimerais que Nabil Benabdallah mesure l’angoisse que vivent aujourd’hui de nombreux Rifains de la diaspora, ceux qui craignent désormais de retourner sur leur terre natale ou qui supportent leur souffrance en silence, incapables d’exprimer les humiliations et les injustices qu’ils ont subies.

Quant aux larmes versées par ma mère, aucun pardon, aucune excuse ne pourra jamais les effacer de ma mémoire.

Toute excuse qui n’est pas précédée d’une reconnaissance des responsabilités, suivie d’une démission et d’une comparution devant la justice, n’est à mes yeux qu’un poison dissimulé dans du miel. Je considère personnellement que la position de votre parti, comme celle des autres formations qui ont participé à cette injustice, constitue un acte grave qui devrait faire l’objet d’un jugement devant les tribunaux, tant les conséquences ont été lourdes pour le Rif et les Rifains.

Sachez également, M. Benabdallah, que ce qu’a fait votre parti sous votre direction demeure une blessure profonde que les mots ne pourront jamais effacer. Si vous mesuriez réellement l’ampleur de la catastrophe que vous avez contribué à provoquer, vous n’auriez peut-être même pas osé prononcer un mot ni revenir à Al Hoceïma. Vous auriez sans doute demandé pardon avant de vous retirer avec honte face à la gravité des événements.

Je ne vous pardonnerai pas. Vous avez profité d’un rapport de force qui vous était favorable à un moment donné, mais Dieu est plus grand que nous tous. Il est le Juge suprême et juste devant lequel nous comparaîtrons tous.

Pourquoi n’avez-vous pas eu le courage, lors de votre réélection à la tête de votre parti, de dire au Roi que vous nous aviez injustement traités et que vous lui aviez présenté une version mensongère des faits lorsqu’il vous avait reçu ?

Savez-vous pourquoi ? Parce que si l’on vous demandait à nouveau de tenir le même discours aujourd’hui, vous le feriez encore afin de conserver une place au sein du gouvernement.

Oui, vous êtes venu au Rif pour séduire les plus faibles et les opportunistes, non pour reconnaître la gravité des faits ni assumer vos responsabilités.

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